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C’est avec la conviction inébranlable de celui qui se perçoit comme un instrument au service du divin que le Guide suprême de la Révolution islamique, l’Ayatollah Ali Khamenei, cherche toujours à imposer au peuple d’Iran le choix d’Ahmedinejab, même au prix d’une effusion de sang.

Malheureusement, de trop nombreux dirigeants - en Orient comme en Occident - s’appuient encore largement sur leur foi, plutôt que sur des valeurs humanistes et éthiques, lorsqu’ils sont confrontés à des choix difficiles.

Dans Crainte et tremblement, le philosophe Sören Kierkegaard (1813-1855), reconnu aujourd’hui comme le père de l’existentialisme chrétien, reconnaît que l’homme peut être appelé à prendre des décisions qui vont à l’encontre de l’éthique lorsqu’il s’agit de se soumettre à la volonté divine, car « il n’existe pas de plus grande vérité que celle de Dieu ». Pour Kierkegaard, la vérité n’est donc pas une notion objective, rationnelle comme elle peut l’être pour Hegel, mais plutôt une certitude propre, une intimité située au cœur même de l’individu qui repose sur la relation qu’il entretient avec Dieu.

Comme tout bon fondamentaliste, Kierkegaard développe son argumentation en s’appuyant largement sur la bible, notamment sur le passage où Dieu demande à Abraham de sacrifier son fils. En effet, comment Dieu, source ultime de toute loi, peut-il ordonner ce meurtre qui viole ses propres lois? Confronté à un choix éthiquement inacceptable, Abraham accepte de suspendre temporairement son bon sens naturel et de s’en remettre à la « volonté divine ». C’est dans sa foi intime et profonde, nous dit-on, qu’Abraham puise son courage, car il sait que Dieu ne peut faire d’erreur. C’est donc sa « foi » qui le pousse à mettre de côté sa logique et ses valeurs éthiques et morales pour obéir aux commandements de Dieu.

Dans Quiproquo sur Dieu, notre recherche aboutit à une constatation nettement plus plausible : Abraham n’obéissait pas à un « Dieu », mais à un roi puissant de Mésopotamie qui cherche à garder sous sa férule la terre de Canaan. Du coup, la logique de Kierkegaard s’effondre, entraînant avec elle celle des fondamentalistes religieux qui s’appuient sur la même interprétation fallacieuse des textes pour soutenir leur argumentation.

La mort tragique de Neda Sultani nous rappelle encore une fois qu’il est urgent de militer en faveur d’une Charte de la laïcité afin d’assurer une parfaite étanchéité entre les religions et les organes de pouvoir. Seuls, des institutions véritablement démocratiques et un enseignement éthique de qualité permettront l’instauration d’une paix durable.

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5 réponses à “Le pouvoir corrompt, le pouvoir divin corrompt divinement.”
  1. André Ledoux dit :

    Excellente idée, Bernard, que cette charte de la laïcité. Mais pour les fondamentalistes et les intégristes de tout acabit, vivant depuis des siècles, selon les exigences et le crédo de la mouvance théocratique, il ne peut être question de changements. En Iran, l’espoir réside peut-être dans cette belle jeunesse qui délaisse les ornières des aînés bornés et fanatiques.

    Salutations.

  2. bernardlamborelle dit :

    Bonjour André,

    Peu importe que les élections aient été manipulées ou pas, il est certain que le régime iranien fait face à une opposition massive et qu’il est voué au changement. Et si je suis sympathisant de la jeunesse iranienne, mes préoccupations se portent tout autant sur notre société occidentale. J’y redoute la dérive que j’observe aux États-Unis: cette montée de la droite religieuse, la reconnaissance du créationnisme et plus près de chez nous, l’acceptation du port du voile dans les institutions publiques… Il faut demeurer vigilant et imperméabiliser nos institutions, sans toutefois tomber dans la paranoïa et la xénophobie!

  3. David Dietrich dit :

    Bonjour. Je suis actuellement étudiant en philosophie et je suis tombé par hasard sur cette page en faisant des recherches sur Sören Kierkegaard. Permettez que j’émette mon point de vue sur votre article.

    “le philosophe Sören Kierkegaard (1813-1855), reconnu aujourd’hui comme le père de l’existentialisme chrétien”. Tout d’abord, Kierkegaard est n’est pas considéré uniquement comme le père de l’existentialisme chrétien mais comme celui de tous les existentialismes, y compris l’athée et le marxisant. Et un très bel hommage lui a été rendu par Jean-Paul Sartre en personne. Mais ceci n’est qu’un point de détail et il n’est pas nécessaire de s’attarder plus longtemps dessus.

    Ensuite, pour résumer sa doctrine, La vie de tout homme est caractérisée par trois stades:
    -Le stade esthétique: symbolisé par le juif errant ou Dom Juan. L’individu qui cherche à vivre dans le moment présent ou isolé et recherche le plaisir et le beau.
    -Le stade éthique: symbolisé par Agamenon ou Monsieur Tout le monde, le moralisateur. C’est le monsieur plus ou moins correctement inséré en société. Il suit les consensus et adopte le mode de vie des autres. Ses actions s’inscrivent dans la continuité vitale.
    -Puis enfin le stade religieux: symbolisé principalement par Abraham. Celui qui a atteint une sorte de sagesse, d’épanouissement spirituel et qui cherche à s’inscrire et s’authentifier dans l’éternité.
    Ce qu’il faut savoir aussi, c’est que Kierkegaard a un point de vue plutôt hostile à l’égard de toute Eglise et autre autorité religieuse. Il croit en un christianisme sans christ. Autrement dit et en extrapolant un peu, un christianisme sans Dieu. Par cette interprétation, qui est la mienne, il faut donc comprendre que Dieu n’est donc qu’une entité, un avatar symbolisant le rapport de l’individu avec la vérité et la raison. L’homme qui atteint le stade religieux est donc capable de penser par lui-même et de prendre seul ses décisions même si elles peuvent être incomprises par ses semblables. C’est ce que fait Abraham, Il se remet à lui-même pour savoir ce qui est le mieux à faire. Même si l’exemple parait violent, il faut plus se concentrer sur la situation que la décision même de ce dernier. Il prend sa décision et nous tous sommes révoltés et ne le comprenons pas. Toute la force de l’exemple est là.

    “Dans Quiproquo sur Dieu, notre recherche aboutit à une constatation nettement plus plausible : Abraham n’obéissait pas à un « Dieu », mais à un roi puissant de Mésopotamie qui cherche à garder sous sa férule la terre de Canaan. Du coup, la logique de Kierkegaard s’effondre, entraînant avec elle celle des fondamentalistes religieux qui s’appuient sur la même interprétation fallacieuse des textes pour soutenir leur argumentation.”
    Quoi qu’en dise ce texte que je ne connais pas, le Abraham qui est décrit ressemble plus à Agamenon, lui aussi cité dans “Crainte et tremblement”, justement pour représenter le stade éthique. Car ce roi grec accepte de sacrifier sa fille pour sauver l’honneur de sa cité et pour le sens du devoir, sous le regard de tous. Décision totalement contraire aux principes de l’homme religieux. Car celle-ci a été prise pour des raisons de devoir et éthiques (ou morale sociale). Là, Abraham prend la décision sous l’ordre d’un pouvoir politique. Ce qui revient au même.

    J’espère que vous comprenez maintenant que placer Kierkegaard dans les rangs des fanatiques et des obscurantistes religieux a été une grave erreur. Croire que ses écrits exigent une soumission totale à l’égard d’un pouvoir politico-religieux est une aberration totale. Le rejeter pour son penchant religieux est aussi scandaleux que la conduite des fanatiques. Car il peut lui-même être utilisé comme une arme contre le fanatisme et sa philosophie est d’une subtilité difficilement égalable.

    En tant que fervent défenseur de la laïcité, le mot “éthique” est, à mon avis, aujourd’hui à la mode et souvent mal utilisé. L’employer partout et ne pas se soucier de l’épanouissement spirituel de chacun peut s’avérer aussi dangereux que la “rethéologisation” de notre monde et peut rendre notre société horriblement stérile. En rappelant qu’une société laïque n’est pas une société athée.

    ps: Cela fait quelque temps que j’émets l’hypothèse que “stade spirituel” est peut-être une traduction plus judicieuse que “stade religieux”. Justement pour ne plus faire ce genre d’amalgame. Mais mes connaissances des textes originaux et du danois sont trop faibles pour affirmer une telle thèse. Mais si quelqu’un de compétant passe par là et qu’il est en mesure de vérifier cette hypothèse. Ses commentaires seraient les bienvenus.

  4. bernardlamborelle dit :

    Bonjour David,
    Merci d’avoir pris le temps de commenter ce billet. Votre interprétation de l’oeuvre de Kierkergaard est intéressante. Peut-être ai-je un peu légèrement caricaturé sa pensée. Que son intention ait été différente, je veux bien. Mais dans ces écrits, Kierkergaard utilise bel et bien l’exemple d’Abraham pour soutenir sa thèse. Et malheureusement, c’est le précisément modèle que les fondamentalistes religieux utilisent…

  5. David Dietrich dit :

    Oui mais le Abraham de Kierkegaard n’est pas le Abraham historique. C’est comme le Socrate de Platon qui est bien différent du Socrate historique si ce dernier a réellement existé. Ou le Zarathoustra de Nietzsche. Les exemples de ce type en philosophie sont nombreux. Ce sont des figures utilisées pour illustrer un penchant de la doctrine de l’auteur.
    Surtout si la théorie de votre livre dit vrai, le Abraham historique ne serait en aucun cas dans le stade religieux (ou spirituel) au moment de prendre cette décision. Ce que j’ai voulu dire dans le commentaire ci-dessus, c’est que si Abraham a pris cette décision pour les raisons que vous citez, il aurait pris la place de Agamemnon dans le chapitre sur le stade éthique.

    En tout cas merci à vous pour votre réponse que j’ai trouvée rapide et d’avoir publié mon commentaire, car je me suis donné du mal pour le rédiger.
    Je trouve tout de même votre travail et vos recherches intéressants.

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