Recension - Le Québec Sceptique, numéro 69, Été 2009

Voici quelques extraits de la recension de Quiproquo sur Dieu offerte par Michel Virard, président de l’Association Humaniste du Québec publiée dans le dernier numéro de la revue des Sceptiques du Québec.

« Les fils d’Abraham risquent de sourciller à la lecture de cet ouvrage fort bien construit. En effet, cet essai vise gros : l’identité même du dieu d’Abraham. Plus exactement : indiquer qui se cache derrière ce Yahvé/Seigneur, alors qu’un certain Élohim apparait lui aussi régulièrement dans la Genèse. »

« Il s’agit d’une démonstration où les faits connus et les spéculations sont clairement définis et soutenus par des graphiques significatifs. Le résultat est que l’on n’a pas cette désagréable impression de se faire embarquer, comme dans nombre d’ouvrages sur ce genre de sujet : à tout moment, on peut faire la différence entre le terrain solide et la sous-hypothèse que l’auteur propose pour soutenir sa thèse… »

« Avec Quiproquo sur Dieu, Lamborelle nous fournit finalement un faisceau d’arguments tendant à prouver que le Yahvé de la Bible n’est nul autre qu’un personnage unique, déjà connu de tous : Hammourabi, le roi babylonien à qui l’on doit ce fameux code de 282 articles. La saga d’Hammourabi, d’Abraham, de Sarah, d’Ismaël et d’Isaac, revue et corrigée par Lamborelle, est un scénario digne d’un feuilleton d’Hollywood et, j’ajouterais, nettement plus intéressant que la version théologique classique. »

« Découvrir un « sens » très plausible à une histoire qui, prise littéralement, ne tenait pas debout, fait tout le plaisir de cette lecture hors des sentiers battus.»

Virard fait toutefois preuve d’esprit critique et apporte le bémol suivant:

« On aimerait toutefois avoir une meilleure justification pour la correction chronologique de 6/10 que celle, trop succinte, actuellement fournie dans l’ouvrage. »

L’explication qui m’apparait la plus logique est la suivante. Trois étapes sont nécessaires afin de reconstituer la suite des évènements:

1) Identifier quelles auraient dû être les données originales

À l’évidence, et comme le convient Virard, nous devons admettre que les données bibliques ne sont spécifiées ni en base sexagésimale, ni en base décimale. Il faut donc retenir la possibilité d’une erreur de transcription. Par ailleurs, si les dates proposées dans Quiproquo sur Dieu s’avèrent exactes, elles devraient nous permettre de remonter à la source, afin de comprendre comment une telle erreur aurait pu se produire. Et comme on sait que les Babyloniens ont inventé le système sexagésimal, il est raisonnable de supposer que ce système de notation était en usage dans les textes d’origine.

Transposons donc les données corrigées du livre vers la base sexagésimale, afin de retrouver les valeurs initiales :

  • Si Sarah enfante Isaac à 54 ans (valeur corrigée), on trouve :54 comme équivalent sexagésimal
  • Si Abraham meurt à 105 ans (valeur corrigée),  on trouve 1:45 ans (1(60/60) + 45) comme équivalent sexagésimal

Les textes d’origines auraient donc dû faire mention respectivement des âges de 54 ans et 145 ans.

2) Déterminer quelle opération a été appliquée sur ces données afin d’obtenir les âges relatés dans la Bible

Comment ces chiffres auraient-ils évolué vers les 90 ans et 175 ans que l’on retrouve dans la Bible? Un scribe bien intentionné aura sans doute cherché à convertir les données de la notation sexagésimale vers la nouvelle base en usage.  Aurait-il manipulé ces chiffres comme s’il s’agissait de mesure de temps plutôt que d’années? La question mérite d’être posée, car on imagine aisément que les chiffres des unités « 54 » et  « 45 » auront été interprétés comme des « soixantièmes ».  Cette explication est plausible, car tous les chiffres qui composent les nombres babyloniens se multiplient par 60 à la puissance “x”. L’exposant “x” est positif ou négatif, selon qu’ils se situent avant ou après la virgule (multiplier par un exposant négatif revient à diviser par 60). C’est ainsi que l’on convertit 54 secondes en .90 minutes dans la notation décimale.

Selon cette explication, le :54 sexagésimal aura donc été transcrit 54/60 = .90 par notre scribe et le 1:45 aura été transcrit (1*60/60) + 45/60) = 1.75. En éliminant  le point décimal, on retrouve les 90 ans et 175 ans bibliques que l’on connait trop bien et qui ont confondu les exégètes et les historiens de la Bible.

3) Justifier cette opération par le contexte historique

Cette « erreur » trouverait donc possiblement son origine dans une mauvaise interprétation de la notation sexagésimale. Si la méthode employée s’applique aux degrés, aux minutes et aux secondes, elle ne peut s’appliquer aux années qui se calculent en “unités”, plutôt qu’en “fractions”. Bien entendu, il serait préférable de retrouver d’autres documents d’époque qui auraient subi une erreur semblable pour avaliser cette théorie. Néanmoins, celle-ci permet d’expliquer et de comprendre comment une “petite erreur” pourrait être à l’origine des données que l’on retrouve dans la Bible et pourquoi il est aujourd’hui nécessaire de les multiplier par le rapport inverse des deux bases, soit 6/10.

On retrouve ainsi les 54 ans (90*6/10) et les 105 ans (175*6/10) ”corrigés” que je propose dans le livre.

——–

Le Québec sceptique est la revue officielle des Sceptiques du Québec. Il est publié trois fois par année. Il traite des phénomènes paranormaux et pseudoscientifiques avec une approche critique. On peu se procurer la revue en cliquant sur le lien suivant:


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Un commentaire pour “Recension - Le Québec Sceptique, numéro 69, Été 2009”

  1. Claude M. dit :

    Voilà une analyse bien judicieuse de votre livre. En effet, tout y est présenté dans une rigueur constante, loin des interprétations fumeuses que l’on trouve ailleurs.
    Bravo, j’espère que l’on vous verra en conférence….

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